[FR] Les ruelles étroites de Paris

rue de paris

Dans les ruelles étroites de Paris, près des coins de murs où l’on pisse sa nuit, à l’endroit même où les femmes sont belles et les hommes terrifiants, juste là, dans les ruelles étroites, près des tissus jetés et des bouteilles vides et des rats, et au-dessus d’un ciel terrible et vengeur créé de la main d’un mauvais dieu, ici, près d’un homme mort, froid et mort, là, accolé aux dessins de sexes orduriers qu’une ordure a dessinés sur les murs, car il veut maudire son prochain en laissant un peu de sa propre crasse dans ces ruelles étroites, juste là, dans ces pourritures de ruelles étroites de Paris, oui Paris, la grosse capitale bedonnante, la mère ingrate et souffreteuse qui a de la glaire dans ses grandes artères, et dans ses boulevards, et dans ses sinus, et qui ne sait rien faire de mieux que d’avoir encore d’autres ruelles étroites plutôt que d’autres monuments antiques, plutôt que d’autres bibliothèques du 18e, parce que c’est au 18e que naquit le Beau et que si pas 18e moi pas vouloir, moi pas acheter, et en toute chose moi préférer cette date, et mon coeur se crève de voir des ruelles étroites à Paris du 17e, du 19e, ou du 20e, alors que tout près d’elles, là, où on se cache des vilains regards Haussmanniens qui toisent, tout près de là, dans ces foutues ruelles étroites de Paris, où trop souvent je m’y suis perdu, car je cherchais un bus avec un grand numéro jaune qui était un multiple de deux, et que j’ai confondu, sottement, avec un tout autre numéro qui pourtant lui ressemblait, presque comme deux gouttes d’eau, et que si deux numéros peuvent se ressembler autant quid des ruelles étroites de Paris qui sont toutes les mêmes, et qui ont les mêmes fenêtres sur cour crachant alternativement lumière jaune et lumière blanche et lumière jaune, quid de ces ruelles étroites où grandit la lie du monde, où les gens qui y passent, qui y baisent, qui y fument, n’ont pas de véritables noms, mais des termes grivois comme « gueuse », « maraud » ou « croquant », et d’ailleurs ils n’ont pas de noms mais qu’importe, car ils n’ont pas de visages non plus, et ils sont les ombres de l’instant déjà oublié, et ils peuvent bien hanter toutes les ruelles étroites de Paris, et psalmodier leurs puantes litanies de révolution et de bohème qui s’aime et qui aime le cul de la bouteille, et de comment Toulouse-Lautrec et de pourquoi Baudelaire, et de l’absinthe qui se vend maintenant très chère et qu’on ne boit plus dans les ruelles étroites, car trop chère comme j’ai dit, beaucoup trop chère, même pour les touristes qui pris de vaillance se décident aussi à emprunter les ruelles étroites pour gagner un peu de leur précieux temps de touristes, car il y a tant de musées à voir, et même ce qui n’est pas musée à Paris est musée un peu, parce que préserver le Beau face aux outrages du temps est un devoir et chaque bâtiment de Paris mériterait d’être barbouillé de maquillage pour qu’il reste beau et séduisant et attractif pour les touristes pressés qui veulent à tout prix voir les musées, quitte à passer par les ruelles étroites de Paris, dans ses petites ruelles où il est finalement raisonnable d’être triste, totalement autorisé, accepté, agréé, consenti, concédé d’être triste mais uniquement dans les ruelles étroites, car elles sont très laides et les gens sont très laid quand ils sont tristes, alors autant les mettre ensemble, et les moutons seront bien gardés, et tout sera bien fait, comme il faut, chaque chose à sa place, chaque ruelle étroites de Paris à sa place, près des grands centres populaires, tout près des places publiques, car elle faut qu’elles soient toutes près, comme la corde doit être toute près du futur pendu, à portée de pied, elles doivent être ces ruelles étroites, à Votre portée de Vos pieds pour quand Vous serez triste, car c’est pour ça et uniquement pour ça qu’un architecte infâme a séparé deux bâtiments, a séparé deux amants, c’est pour y faire des petites ruelles étroites, des curieux sillons, des burlesques tranchées, des étranges sentiers, pour Votre malheur qui n’a jamais su se dévêtir de sa pudeur, et ceci explique pourquoi c’est bien là, juste ici, dans les petites ruelles étroites que les gens pleurent et moi aussi.

- Arthur Terrier 

Illustration: Eve Gaboury

One thought on “[FR] Les ruelles étroites de Paris

  1. always i used to read smaller articles or reviews
    which also clear their motive, and that is also happening with this piece of writing which
    I am reading now.

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